LA LOI DU GHETTO.

Enquête dans les banlieues françaises


Journaliste au Monde, Luc Bronner est l’une des rares plumes de la presse française à consacrer une grande partie de son temps aux banlieues. Cette enquête en profondeur a plusieurs mérites : tout d’abord, elle décline les banlieues « au pluriel » et elle cherche à comprendre la singularité de chaque cas particulier (ce que soulignent les maires interrogés). Ensuite, il insiste sur un double déficit de présence : le déficit générationnel des adultes, et le déficit (voire l’absence) de la présence publique dans un espace organisé historiquement autour du logement (privé) au risque d’oublier de valoriser les espaces publics (d’où l’assimilation de l’État et de toute présence publique – à commencer par le médiateur/contrôleur dans les bus – à la police et à l’État-police). Par ailleurs, l’ouvrage échappe à la politisation habituelle des débats ethniques et identitaires (la banlieue/burqa/drogue/maffia…) pour inviter à prendre en considération une politique tenant compte des gens ( people) et pas uniquement des territoires (places). Dans le sillage des travaux de Jacques Donzelot (Faire société) ou d’Éric Maurin (le Ghetto français), Luc Bronner insiste sur la révolution politique nécessaire pour y parvenir : « Depuis trente ans, la grande faiblesse de la politique de la ville française tient à l’absence de confiance dans les habitants. Dans le refus de leur donner la moindre parcelle de pouvoir […] Au contraire : ces dernières années toutes les politiques suivies, de la sanction pénale jusqu’à l’idée de suppression des allocations familiales, accentuent toujours et encore l’état de faiblesse des parents et des adultes des quartiers. Or, le constat que je formule est celui d’un effacement des adultes […] et d’une forme de domination adolescente probablement inédite, en France comme en Europe. »

O. M.

Calmann-Lévy, 2010
264 p. 17 €