Sermons, traités, poèmes. Les écrits allemands
Traduction de Jeanne Ancelet-Hustache et Éric Mangin. Introduction et notes d’Éric Mangin
Il y a quelques années, on évoquait parfois un regain d’intérêt, non confessionnel, pour les écrits de Maître Eckhart, immense auteur spirituel du xive siècle (1260-1328), représentant majeur de la mystique dite « rhénane », capable de haute spéculation philosophique – en particulier dans des « traités latins », lesquels ne sont pas inclus dans cette édition des écrits allemands, mais qui ont été lus par la postérité philosophique (Hegel et Heidegger en particulier). Les sermons, prononcés devant des assemblées qui ne participaient pas de la haute culture médiévale, et les poèmes du religieux dominicain sont plus accessibles. Eckhart est surtout connu par son insistance sur le Dieu caché, le Dieu voilé, qui se dérobe à toute connaissance, donc à toute objectivation, ou plutôt qui ne se donne qu’en se dérobant : « Nous ne pouvons parler de Dieu en termes adéquats. Ce que nous disons de lui, nous devons le balbutier » (p. 269). On voit bien comment une vulgate de l’absence de Dieu peut offrir quelque séduction à des esprits modernes privés du sentiment de la présence… Quoi qu’il en soit, cette magnifique édition reliée, avec une introduction très pédagogique d’Éric Mangin, permet de lire des sermons de toute beauté, où domine le thème de la naissance du Christ dans l’intimité de l’âme.
J.-L. S.