CURÉ À GAZA.
Entretiens avec Jean-Claude Petit
On l’a vu sur les écrans de télévision au moment de la parution de son livre, en mai 2010 : silhouette trapue, marchant avec une canne, gueule d’écorché sous un béret basque, grosses lunettes, voix forte et rauque… C’est Abouna (le Père) Manuel Musallam, curé de Gaza, qui profitait pour ainsi dire de l’abordage sanglant d’un navire chypriote par les soldats israéliens pour s’inviter sur les plateaux. Nous pensons savoir et nous savons beaucoup de choses sur l’enclave, symbole du malheur du monde, plus encore depuis les bombardements israéliens fin 2008-début 2009 : son surpeuplement, sa misère, ses tunnels, ses affrontements internes, un blocus implacable… Des reportages, des livres illustrés sont parus. Rare et précieux est cependant le témoignage du « curé de Gaza », prêtre d’une communauté de 200 fidèles mais figure exceptionnelle du territoire. Une histoire palestinienne est racontée ici, avec simplicité et force. Une histoire de déracinement et d’exil, inscrite dans les violences et les impasses d’un peuple au xxe siècle, donc aussi dans une histoire collective, liée à l’État d’Israël et aussi, pour un chrétien palestinien, aux musulmans ainsi qu’au destin totalement précaire des siens, de plus en plus refoulés. Le « rebelle tourmenté », comme il se définit, n’aime pas la pitié, que les Églises du monde dispensent volontiers aux Palestiniens. Il veut la justice, et il raconte comment à Bir-Zeit (Cisjordanie) et à Gaza il a mené ce combat comme « curé ». À plus de 75 ans, malade, la marche rendue très difficile, il a passé la main, sans ressentiment. Une figure magnifique.
J.-L. S.