Tout est silence
Tout se passe sur une plage apparemment située en dehors du monde. Mais cette plage étendue que surplombe le village de Noita se trouve en Europe, au nord de l’Espagne, en Galice, pas loin de Saint-Jacques-de-Compostelle où arrivent des pèlerins venus de partout. Cette plage, le personnage central du livre, est un lieu désertique d’où l’on peut imaginer à l’horizon les territoires inexplorés, une plage où rien ne se passe mais où tout peut se passer entre ancien et nouveaux mondes. C’est la force de ce roman de montrer que cette plage de sable est un grand vide géographique, où ont lieu des trafics en tout genre qui embarquent et débarquent des produits illicites à l’insu de tous et dans le plus grand silence. Manuel Rivas, l’un de ces romanciers hispaniques sensibles aux violences et duretés de notre histoire, décrit aussi un univers qui change et se métamorphose tout en respectant les mêmes codes et règles : aux petits trafiquants de la pêche ont succédé les grands trafiquants de la drogue qui, les uns et les autres, misent sur le fait de ne pas être visibles. Et pour cause : d’une génération à l’autre, tout le monde respecte la loi du silence qu’il faut acheter également à la police. Voilà une terre de silence, une terre de trafic, une plage occupée par des gens silencieux. Seul un roman peut évoquer les silences de la mafia et les mensonges de la corruption, ceux que décrit impitoyablement Roberto Saviano dans son dernier essai (Extra pure, Gallimard, 2014), les silences d’une plage atlantique où passent des hommes et des femmes qui se trahissent fatalement les uns les autres quand un mot de trop est prononcé.
O. M.