Les réseaux cathos
Leur pouvoir, leurs valeurs, leur nouvelle influence
Alors que les églises se vident, les réseaux cathos – dans les allées du pouvoir, de la finance, de la politique, de la culture – continuent de s’agiter, de gagner des parts et des paris risqués, souvent dans l’ombre : tel pourrait être le message. Un petit (en fait un assez grand) monde de gens qui comptent, impliqués dans des réseaux avec ou sans liens entre eux, assurent une sorte d’intendance occulte, en rendant à l’Église et aux entreprises catholiques des services économiques, financiers, d’influence… Les « cathos de gauche » ne sont pas absents de la scène, à travers les renaissances de Témoignage chrétien et la vente au groupe Le Monde de Publications de la Vie catholique (Pvc, avec en particulier La Vie catholique et Télérama). Néanmoins, s’ils ne sont pas condamnés à se partager des restes, ils sont réduits à la portion congrue. Les réseaux que l’auteur débusque et où il a ses affinités sont largement à droite – avec des valeurs un peu ou très traditionnelles, et fortement liées au portefeuille. M. Baudriller s’extasie et se pâme presque devant tous les concours financiers qui affluent et se conjuguent pour soutenir, créer, restaurer des œuvres catholiques en tout genre. Au dernier chapitre, le récit de la résurrection du collège des Bernardins, à Paris, décidée par le cardinal Lustiger dans les années 1990, est un hymne sans réserves au miracle permanent ou aux merveilles successives qui ont fait venir les hommes, les finances et les décisions nécessaires, le secteur public n’étant pas en reste. L’argent n’a pas d’odeur, mais il rend possible « le service de l’Église et l’amour de Dieu »… In fine, après tant d’efforts pour informer sur les circuits et la destinée de millions d’euros, l’auteur fustige le matérialisme, auquel le « militantisme associatif, syndical et politique » n’a apporté aucun remède durant les malheureuses années 1960-1970. Qu’on se le dise : quand le capitalisme financier est au service de Dieu et de l’Église, cela change tout.
J.-L. S.