Fernand Pouillon
Le but de cet ouvrage publié dans la collection « Carnets d’architectes » n’est pas d’en rajouter sur le personnage de l’« architecte romanesque », devenu une quasi-figure de légende, dont les démêlés avec la justice et le milieu de l’architecture ont défrayé la chronique, mais de souligner l’originalité d’une œuvre architecturale (voir aussi deux beaux ouvrages : ses Mémoires d’architecte (1968) et son roman les Pierres sauvages qui raconte l’architecture de l’abbaye provençale du Thoronet joliment réédité au Seuil en 2006). Si le livre retient l’attention en raison de la qualité de sa mise en page et de son iconographie (l’auteur enseigne l’histoire de l’architecture et dirige les Éditions de la Villette), Bédarida souligne d’emblée le rôle décisif que joue Jean Prouvé dans la formation et la trajectoire de Pouillon. Ce qui le conduit à affirmer que l’architecte s’inscrit dans un double sillage : « D’un côté, à la manière de Le Corbusier, la revendication de composition ouverte des modernes qui est isotrope et repose sur l’isolement des édifices ; de l’autre, l’ordre fermé caractéristique des compositions urbaines formalistes dans la tradition des beaux-arts d’un Perret et d’un Beaudouin. » Pouillon puise « au sein de ces deux traditions et cherche à en concilier certains traits », ce qui est une invitation à composer avec l’ordre et le désordre et à favoriser l’imprévu. Ne voulant pas cantonner Pouillon aux logements sociaux fort réussis du Vieux Port (un autre motif de légende alors que Marseille est la capitale européenne de la culture) ou au Comptoir national du logement en région parisienne, il ne prend cependant pas en compte sa production en Algérie, en Afrique noire ou en Iran.
O. M.