Une Exécution ordinaire


Si la démocratie américaine n’a toujours pas fait la lumière sur les conditions de la mort de John Kennedy, il ne faut pas atten­dre de la Russie de Poutine de la faire sur celles du naufrage du sous-marin nucléaire Koursk en août 2000 dans la mer de Barents. Mais, pour le lecteur qui a encore en tête la Malédiction d’Edgar (un ouvrage subtil et enlevé qui racontait l’histoire d’Edgar Hoover et du Fbi), la comparaison a ses limites entre l’Amérique et la Russie. Composé de trois séquences inéga­les (la première porte sur les relations entre Staline et la mère du personnage principal, le professeur d’histoire Pavel Altman, la deuxième sur les premières années de Poutine –celui-ci porte ici le nom d’un jeune officier du Kgb en poste à Berlin-est, Plotov–, le troisième sur les marins du Koursk) dont le fil conducteur est l’antisémitisme russe, le livre ne trouve jamais vraiment sa mesure et son rythme. Le face-à-face entre Staline et la mère (une médecin douée des dons d’une magnétiseuse) de Pavel Altman est trop long et invraisemblable, et la troisième partie concède trop à la vie privée d’Atman. Et pour cause, si les enquêtes n’aboutissent pas en Amérique, on y dispose quand même d’une information et de contre-enquêtes, ce qui nourrit le travail de l’historien-romancier. Travailler sur la Russie se paie par une perte d’information qui pénalise l’écrivain au risque de lui couper le souffle.
O. M.
Gallimard, 2007
356 p. 19,90 €