Les Pays
Ce bel ouvrage qui se présente comme un roman est composé de trois chapitres : le premier et le dernier racontent un voyage à Paris depuis le Cantal, la région natale de l’auteur, le deuxième une histoire d’éducation à Paris. Le premier voyage remonte à l’enfance, quand Claire monte à la capitale avec son père « paysan » et son frère, chez des amis qui habitent à Gentilly près d’une porte de Paris, cette ville sans entrée ni sortie dont elle ne voit pas les limites. Le roman d’éducation est celle d’une étudiante acharnée qui apprend le grec mieux que tous les autres en raison d’une ténacité toute paysanne : si l’on retrouve l’état d’esprit de la « forme d’une ville » de Julien Gracq, celui de la ville considérée comme une éducatrice avec ses universités et ses musées, on voit également défiler un nombre de personnes qui font des salles d’études un concentré du pays des années 1970 (le bibliothécaire qui rêve de retourner dans sa campagne, l’étudiant écrivain qui lit tout, les adeptes de Roland Barthes qui désarçonnent Claire, des familles qui aiment Bach ou la Callas, des aristocrates normands sortis de Stendhal…). Le dernier voyage est celui que le père entreprend chaque année chez sa fille qui l’accueille dans un appartement où il n’y a que des livres. L’énergie de ce livre, celle que traduit la maîtrise de la langue française de cette amoureuse des langues, repose sur l’incapacité de Claire à renoncer à la campagne, à se couper de ses origines, tout en valorisant le fait de vivre dans la ville, dans les livres et les musées. Elle a appris la liberté de lire et de connaître, d’être seule aussi, c’est l’essentiel, mais cela ne la conduit ni à idéaliser la ville ni à rompre avec sa campagne. On ne fait que passer de l’une à l’autre, semble-t-elle dire, en citant le peintre Eugène Delacroix en exergue : « Nous ne possédons réellement rien : tout nous traverse. »
O. M.