A bord du négrier
Une histoire atlantique de la traite
Marcus Rediker est un historien. C’est aussi un militant, comme l’était Howard Zinn, l’auteur d’Une histoire populaire des États-Unis. Ils partageaient (H. Zinn est décédé en 2010) l’ambition, qui se développe depuis près de quarante ans, de dire l’histoire autrement, « par le bas », du point de vue des victimes, des perdants, des disparus. Rediker applique cette méthode à l’histoire transatlantique, et, dans ce livre, à l’histoire de la traite. Histoire narrative qui se fonde sur la lecture et la présentation de nombreux récits d’esclaves, de marins, d’armateurs…, le livre fait le portrait de ces prisons flottantes qu’étaient les navires négriers qui ont transporté des millions d’esclaves au cours de l’âge d’or du commerce triangulaire. Car à la triangulation géographique (Amérique, Europe, Afrique) se superpose ici une triangulation hiérarchique, sociale, ethnique, qui se joue à bord des bateaux, entre ceux qui les dirigent (armateurs, commerçants…), ceux qui les manœuvrent (équipage) et le « cargo » humain qu’ils transportent (les esclaves). Rediker analyse ces relations de pouvoir et de violence, mais aussi les actes de résistance qui malgré tout se construisent dans cette atmosphère confinée et mortifère. Nous consacrions en juin 2013 notre dossier à « La mondialisation par la mer » ; la traite négrière en était l’un des principaux moteurs à l’époque. Et aujourd’hui les frêles esquifs des migrants qui s’échouent sur les côtes de Lampedusa nous rappellent que les traversées ne sont pas toujours porteuses de libération ni de découverte.
A. B.