C'EST POURTANT PAS LA GUERRE





Ce récit est composé de neuf voix de personnes (Andrée, Jahido, Gh’zola, M’boup, Rosette…) qui vivent dans le quartier de l’Ariane dans la périphérie de Nice. Un quartier où l’on vit comme on peut, où l’on vit plutôt mal que bien, un quartier dont on sort le moins possible, un quartier qui dispose de frontières et de codes visibles et invisibles. Le pari de Maryline Desbiolles est ici de dénouer le fil de cette Ariane en « mettant en voix » ces neuf personnages afin de « mettre en œuvre » le quartier, d’en faire une cité à plusieurs avec des mots, les leurs mélangés aux siens. « L’Ariane doit son nom à la riana, le ruisseau, ou la raiana, le vallon, le ravine où coule l’eau. La riana, la raine disparue, le quartier est devenu une femme, une amoureuse trahie et abandonnée. Le plan du quartier est très simple, mais quand on est à l’intérieur de l’Ariane on ne sait pas où on se trouve. Il ne nous semble pas d’ailleurs être à l’intérieur, à l’intérieur de quoi? On ne sait pas où on se trouve, plus on avance, et plus on est évacué, il y a de quoi perdre sa langue. » C’est parce que l’on risque de perdre sa langue comme le quartier a perdu le fleuve de la fondation, le fil d’ariane, qu’il faut retrouver des mots. Ces voix sont autant de petits récits urbains qui portent un quartier à l’abandon. Pour ceux qui se plaignent des territoires de la ségrégation, de ces mondes « embarrés » dont parle l’architecte Henri Gaudin, là où l’on ne se trouve ni dedans ni dehors, il faut irriguer des mots, imaginer une langue commune faisant le lien entre l’intérieur et l’extérieur. Voilà un ouvrage qui confortera ceux qui réclament des « récits urbains », ces mises en voix des habitants par des écritures communes de leur espace.
O. M.
Le Seuil, 2007
128 p. 13 €