Les Philosophes

De l'antiquité au XXe siècle. Histoire et portraits


Cet ouvrage, d’abord publié en 1956 aux Éditions Mazenod sous le titre les Philosophes célèbres, permet de lire les contributions des nombreux auteurs réunis par le maître d’ouvrage : Éric Weil, Gaston Bachelard, Henry Corbin, Hubert Damisch, Harold Rosenberg, J.-B. Pontalis, Karl Loewith, Norberto Bobbio, Gilles Deleuze, Pierre Hassner, Paul Vignaux, Yvon Belaval… Mais surtout, il fournit l’occasion de lire les remarquables textes de transition rédigés par Maurice Merleau-Ponty pour justifier l’architecture de l’ouvrage. Parmi d’autres introductions (« L’Orient et la philosophie », « Les fondateurs (d’Héraclite à Plotin) », « La découverte de la subjectivité », « La découverte de l’histoire », « L’existence et la dialectique »), celles qui portent sur le grand rationalisme du XVIIe siècle et sur les rapports de la philosophie et de la religion forcent le respect. Qu’est-ce que le « grand rationalisme » ? Il se distingue de la période des Lumières mais aussi du petit rationalisme (petit car dogmatique) de la fin du XIXe et du début du XXe siècle : « Jamais, dans la suite, écrit Merleau-Ponty à propos du XVIIe, on ne retrouvera cet accord de la philosophie et de la science, cette aisance à dépasser la science sans la détruire, à limiter la métaphysique sans l’exclure. » De même, il écrit dans l’introduction « Philosophie et religion » : « Entre le philosophe et le chrétien, y aura-t-il jamais un véritable échange ? Cela ne serait possible, à notre sens, que si le chrétien, réserve faite des sources ultimes de son inspiration, dont il juge seul, acceptait sans restriction la tâche de médiation à laquelle la philosophie ne peut renoncer sans se supprimer. ») À lire (ou relire) ces textes, on se dit une fois encore que la disparition prématurée de Maurice Merleau-Ponty a été dommageable pour l’évolution de la vie intellectuelle et philosophique. Mais on se demande aussi pourquoi une pléiade d’auteurs contemporains a cru nécessaire de venir actualiser, commenter, voire corriger, certains textes et propos. Comme si l’évolution des thèses et des connaissances empêchaient de prendre en considération « tel quel » ce que tel  ou tel auteur dit ici de Hegel ou de Husserl par exemple. On aurait plutôt attendu un texte de transition analogue à ceux de Merleau-Ponty, histoire de faire comprendre ce qui s’est passé « philosophiquement » depuis 1956 et non pas seulement en histoire de la philosophie. Car on se doute que Merleau-Ponty, et Platon avant lui, n’a pas pu lire ce qui a été publié après sa disparition.
O.M.

Le livre de poche, coll. "La Pochothèque", 2006
1 p. 28 €