Les gargouilles de Notre-Dame


Édifiée entre 1163 et 1250, Notre-Dame de Paris compte parmi les constructions les plus anciennes d’Europe. Mais le touriste qui admire la cathédrale ignore le plus souvent qu’elle a été restaurée entre 1843 et 1864 par Eugène Viollet-le-Duc et J.-B. Lassus mais aussi que la plupart des gargouilles qu’il voit depuis le parvis n’en sont pas : l’une des plus connues, « le démon cornu et ailé », n’est pas une gargouille, puisqu’elle est dépourvue de tuyau de descente d’eau. Si les cinquante-quatre chimères imaginées par les architectes renvoient pour la plupart à des figures de bêtes féroces, d’oiseaux, de démons, elles peuvent également présenter un « juif errant alchimiste ». Ces chimères, qui contribuent à rendre visible l’imaginaire médiéval du xixe siècle, évoquent la violence politique, le racisme, la peur des maladies sexuelles, l’eugénisme, l’homophobie, les classes dangereuses, l’antisémitisme, etc., autant de maux qui affecteront le xxe siècle. Ce livre surprenant, qui parle du Moyen Âge et attire l’attention sur la permanence du gothique (aujourd’hui encore omniprésent dans les représentations adolescentes) est composé de deux séquences : la première évoque « les monstres de la restauration » de Notre-Dame. Des monstres divers : monstres de la raison, du sexe (Freud adorait se promener dans les hauteurs de Notre-Dame), de la pierre, du romantisme au sens de Hugo ou de Michelet, de la Race, de la Révolution. La seconde séquence met en scène « les monstres de la reproduction », ceux que l’on va retrouver dans la photographie, la littérature ou le cinéma avec Armageddon en 1998. L’historien Michaël Camille réussit ici l’exploit d’évoquer, grâce aux chimères/gargouilles de Notre-Dame, le chassé-croisé temporel entre le xixe siècle, le Moyen Âge et l’époque contemporaine.

O. M.

Alma, 2011
434 p. 49,50 €