Beauté fatale
Les nouveaux visages d'une aliénation féminine
Le contrôle des femmes sur leur propre corps est une étape majeure de leur émancipation. Éducation, contraception, avortement, liberté de se mouvoir et de se vêtir comme on le veut, ces droits progressivement obtenus (pas partout) ont permis aux femmes de sortir du rôle que la société leur attribuait. Ce que décrit Mona Chollet dans son livre, c’est une autre forme de contrôle du corps, qui s’exerce à travers ce qu’elle appelle le « complexe mode-beauté », qui édicte des normes auxquelles les femmes doivent se conformer, alors même qu’on leur laisse, en apparence, le choix, puisque le discours des magazines, de l’industrie de la mode, etc. valorise l’authenticité et la liberté de la femme en même temps qu’il l’enferme dans un modèle. Le corps, alors, devient une chose à modeler, remodeler, qu’il ne faut pas laisser vieillir, s’arrondir, se creuser. Si le propos – l’aliénation que représente, pour les femmes, cette représentation perpétuelle du corps parfait (et muet) – n’a rien de très original, l’intérêt du livre de Mona Chollet réside dans les nombreux exemples qu’elle donne, dans l’analyse détaillée qu’elle fait de la presse féminine, des blogs de mode, de certaines icônes du mannequinat et du cinéma. Car l’ironie suprême du « complexe mode-beauté » est qu’il veut donner l’image – « féministe » ! le meilleur exemple étant le magazine Elle – d’une femme libérée, émancipée, qui ne « craint » pas d’arborer sa beauté, cette beauté façonnée, fabriquée, étouffante, qui donne aux femmes un contrôle sur leur corps qu’elles exercent… au profit des hommes.
A. B.