Vivre à présent


Steve, blanc. Jabu, noire. Ils se sont rencontrés au Swaziland. Tous deux combattants contre l’apartheid. Ils se sont mariés. L’apartheid est tombé. Ils ont eu des enfants, ont acheté une maison en banlieue ; elle est devenue avocate, lui a obtenu un poste à l’université. Mais ils restent habités par leur combat, par leurs principes, ne cessent d’interroger la « normalité » de leur vie, avec, perpétuellement, l’impression d’avoir trahi. L’impression aussi que les autres camarades, ceux qui sont au pouvoir, se sont bien éloignés des idéaux militants. Mais comment le dire, quand on s’est battu avec eux, quand ils sont noirs, et enfin libres ? Cette question lancinante habite toute la génération de ceux qui ont combattu le régime raciste sud-africain ; elle a été vécue avec douleur par un autre écrivain prix Nobel, J.M. Coetzee, accusé de racisme lors de la parution de son roman, Disgrâce, et qui a fini par quitter son pays pour l’Australie. Nadine Gordimer fait le portrait de l’Afrique du Sud de Mbeki et Zuma, qui n’est pas celle qu’imaginaient les membres de Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’Anc créée par Mandela. Et son roman, écrit dans un style haché, barré de points d’interrogation comme si rien ne pouvait jamais se résoudre, tente de se mouvoir dans le labyrinthe des convictions mises à l’épreuve de la nécessité de « vivre sa vie ».

 

A. B.

Grasset, 2013
480 p. 22 €