Sauver nos vies
La souffrance, la guérison, le soin, objets d’une philosophie morale souvent abstraite, retrouvent ici leur poids existentiel, non par une indiscrétion calculée de l’auteur mais avec la gravité d’une expérience réfléchie. Cet essai de la rédactrice en chef adjointe de la revue Études unit dans une même écriture une parole personnelle, une réflexion sur la séparation et la rencontre amoureuse et, finalement, une méditation spirituelle. Point de départ de l’urgence d’écrire, l’expérience d’une séparation conjugale décape les notions familières (relation, rencontre, deuil…) et revient à l’essentiel parce qu’elle met d’abord en désordre les repères qui paraissaient solides. Surgit en force un choix vital : rester en vie, surmonter le choc. Il ne s’agit pas ici de « gérer » la situation mais vraiment de trouver le salut. C’est-à-dire, au sens premier, « sauver sa peau », quand la souffrance risque de tout emporter. Ce désir initial donne l’élan de la réflexion, qui prend le chemin indirect d’une investigation en trois temps sur la chute (« Des vies perdues »), les rencontres (« Drôles d’alliance ») et le sentiment du tragique (« Le parfum tragique de la vie »). Dans le cours du livre, l’expérience de la séparation est réfléchie dans les échos d’autres figures de la perte (catastrophe, exclusion…) et d’autres expériences de la renaissance (guérison, cure analytique, exercices spirituels…). Mais si la séparation peut être suivie d’une nouvelle rencontre, celle-ci ravive l’expérience de la perte de telle sorte que l’absence reste inscrite au cœur de toute relation : telle est l’ouverture sur le sens tragique de l’existence. Sens tragique que l’auteur veut réhabiliter parce que l’amour n’est pas la fin de tout mais un recommencement, lequel n’efface ni l’amertume des échecs ni les promesses de renouveau.
M.-O. P.