QUAND LA FRANCE DISPARAÎT DU MONDE
Directeur de la revue Le Banquet, auteur d’un ouvrage de référence sur la philosophie politique, Nicolas Tenzer, longtemps chef de service au commissariat général du Plan, a été chargé d’une mission interministérielle de plus d’une année afin d’évaluer la présence française dans le marché de l’expertise mondiale. Après avoir rappelé des faits accablants (la discrétion, voire l’absence physique de la France dans de nombreuses réunions internationales), suggéré des comparaisons avec l’Allemagne ou le Japon et décrit un recul historique qui ne se résume pas à celui de l’image de la France à l’étranger, Tenzer suggère plusieurs pistes. Pour lui, il faut d’abord se départir de certaines illusions sur le plan économique : penser que nous pouvons nous contenter de quelques grandes entreprises mondialisées, croire qu’il suffit de se concentrer sur quelques zones géographiques, se satisfaire de l’idée que « l’organisation spontanée des forces économiques et les initiatives individuelles des citoyens les plus talentueux constituent une base suffisante à la puissance d’un État ». Mais Tenzer va au-delà de ces remarques en mettant en cause l’idée sacrée d’une vocation de la France. « Ni la Révolution de 1789, ni la francophonie, ni son passé colonial, ni ses traditions administratives ne constituent des raisons d’agir. » Que faire alors ? Préconiser une refonte de la diplomatie, entendue au sens large, qui ne se contenterait plus d’aller de l’avant au nom de généralités sur la présence de la France et reconsidérerait ses « infrastructures », à savoir ses dispositifs d’action. Vaste programme ! On regrette juste que Nicolas Tenzer, bon connaisseur de la vie culturelle, se soit intéressé à l’expertise économique plus qu’à l’action culturelle française à l’étranger. En effet, il ne suffit pas d’en appeler à des compétences élargies et à une nouvelle dynamique de l’État alors que la question qui taraude la diplomatie mentale française est la place de « son » Universel dans un monde définitivement « interdépendant ».
O. M.