LA SAGA DES REVUES


L’été dernier, Le Monde a salué les revues françaises en leur consacrant une série de trente chroniques sans en oublier trois portant sur une revue américaine (Commentary, la revue des néoconservateurs), une revue italienne (MicroMega, une revue laïque qui a accompagné le mouvement justicialiste en Italie), et une revue allemande (Zeitschift für Sozialforschung, l’héritière de l’École de Francfort). Loin de lui reprocher tel ou tel choix – pourquoi Commentary et pas Dissent, la revue de Michael Walzer ? Pourquoi telle ou telle absence ? Pourquoi des changements de ton et de style d’une chronique à l’autre ? –, on admettra le parti pris du quotidien : ne pas faire des revues une affaire de spécialistes (celle des pages culture). Esprit a été ainsi chroniqué objectivement par un excellent spécialiste du Moyen-Orient. Au fond, cette « saga des revues » rappelle que les revues dites de culture générale relèvent, comme la presse d’information quotidienne, de l’intérêt général (même si l’État ne daigne pas accorder le label), alors même qu’on les enferme dans le carcan de la spécialisation, celle qui est la pente des revues universitaires liées à des grilles d’évaluation valorisant la seule spécialité (Esprit, revue d’intérêt général n’est même pas classée). Plus encore, les choix très ouverts (par exemple : La Revue blanche, Internationale situationniste, Midi-Minuit fantastique, L’Éphémère, Clio, Entropia, La Revue littéraire…) de cette saga rappellent que le rôle des revues est de découvrir les futurs auteurs et les talents atypiques, pas nécessairement ceux qui se moulent dans la spécialité et la discipline universitaire. Bref, il y a toujours des auteurs de revues et des lecteurs de revues, ce doit être un signe des temps à l’heure de l’internet. Et les professionnels des quotidiens n’ont pas renoncé à les lire. Réjouissons-nous !

O. M.

Le Monde/CNRS Éditions, 2011
224 p. 15 €