L'évitement du politique

Comment les Américains produisent l'apathie dans la vie quotidienne


Cette enquête de terrain auprès d’associations ne se contente pas de célébrer l’activisme politique pour lui-même mais identifie de manière originale une contradiction de l’engagement, ce que l’auteur appelle un « mystérieux rétrécissement du champ des préoccupations ». On reproche souvent aux militants associatifs de limiter leur revendication à une cause catégorielle étroite. En accompagnant longuement différents bénévoles engagés pour des causes environnementales locales ou de lutte contre la drogue, l’auteur constate le contraire : ce sont de riches discussions politiques, sans étroitesse de vues, qui animent les réunions des militants. Mais les prises de parole publiques, elles, sont toujours réductrices, sans parler des reprises dans les médias, qui sont encore plus caricaturales. Alors que les réflexions internes aux associations sont à la fois informées et ouvertes, cette richesse de contenu ne transparaît pas à l’extérieur, en particulier quand le temps des revendications publiques intervient. C’est ce que l’auteur nomme « l’évaporation du politique » : le contexte public, loin de favoriser, comme le suppose la théorie politique, un élargissement des discours, induit un phénomène inverse d’appauvrissement des arguments. En essayant ainsi de mieux décrire cet étrange théâtre démocratique où les coulisses sont plus intéressantes que la scène, l’auteur invite à se donner des représentations moins abstraites de l’acteur démocratique et à mieux comprendre que l’espace public n’est pas indépendant d’un pouvoir d’y apparaître et d’y prendre la parole que se donne le citoyen.

M.-O. P.

Economica, Etudes sociologiques, 2010
354 p. 30 €