Dictionnaire des concepts nomades


Les dictionnaires se multiplient aujourd’hui et ils sont souvent de qualité dans l’édition française. Voilà deux dictionnaires qui, sans s’être concertés, convergent dans l’idée qu’il est difficile d’établir des dictionnaires parce que le choix des mots est déterminant. Dans le cas du langage urbain, les mots voltigent et nombreux sont les auteurs qui, dans le domaine de l’urbanisme, commencent par un glossaire (tout comme Ildefonso Cerda en 1857 déjà, avec son Traité de l’urbanisation, David Mangin ou Philippe Panerai…). Si le langage technique et juridique l’emporte, on comprend mieux la porosité et le caractère voyageur des mots grâce à ce dictionnaire des mots de la ville qui montre qu’ils sont tous nomades, comme des espaces sémantiques en métamorphose permanente. Qu’il suffise de lire les entrées comme Metropolis (terme utilisé comme inédit aujourd’hui !), Funduk, Ciudad, Capitale, Mobile home, dont le choix fait également comprendre que les mots voyagent d’une langue à l’autre, rappelant ainsi que l’imaginaire et le langage sont des acteurs de l’urbain. Plus classique et moins original au premier abord, le dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines montre le flou et l’imprécision de notions sur lesquelles on feint de s’accorder. Ce qui n’est pas sans peser sur les conditions de la délibération scientifique et sur les débats publics. Les exemples pris sont quelque peu inattendus (Administration, Avant-garde, Cacique, Confession, Droit musulman, Frontière, Laïcité, Intellectuels, Moyenne, Opinion publique…), ce qui renforce l’intérêt de ce travail collectif. Bref, le genre Dictionnaire s’interroge sur lui-même à travers les mots de manière fort originale et pertinente, parfois ludique.

O. M.

Métailié, 2010
464 p. 28 €