La barbe


La barbe, c’est celle qu’un jeune Français d’origine algérienne se laisse pousser à 20 ans, du jour au lendemain, après avoir poussé la porte d’une mosquée à l’invitation d’un ami. Trois jours auparavant, il consommait encore de l’ecstasy avec sa bande de Ménilmontant. Suit le récit coloré d’une formation ultra-rapide, faite de passages du Coran appris par cœur (dont la récitation de la Fatiha – profession de foi – en arabe) et de la lecture des hadiths sur les débuts de l’islam. Elle est suivie d’envois en mission dans les banlieues : il faut « remplir la mosquée ». Un cheikh indien invité en France le subjugue et il part pour le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh. Lorsqu’il revient en France, la « mosquée » ne lui dit plus rien. Son salut, après une période de « défonce » dans les boîtes de nuit parisiennes et d’autres virées dans des pays musulmans, passe par la découverte de la foi apaisante du soufisme et l’exercice d’un métier. Il y aurait beaucoup à dire sur ce parcours, à la fois étonnant et triste. Il ressemble aux passages par les sectes dans les années 1980-1990. À quelques années près, Omar B. eût sans doute été islamiste, voire djihadiste. Le plus surprenant peut-être est qu’un pays, la France, semble quasiment absent dans ce récit d’un jeune franco-musulman, qui a pourtant des parents prévenants et aimants, et bien intégrés.

J.-L. S.

Seuil, « Raconter la vie », 2015
106 p. 7,90 €