RETOURS

Mélanges à la mémoire de Stéphane Rosès.


Après l’ouvrage qui regroupait des textes de Stéphane Mosès (voir la brève publiée dans Esprit, juillet 2009), ces mélanges regroupés autour de trois noms de villes (Berlin, Paris, Jérusalem) rappellent symboliquement la proximité entre celui-ci et Walter Benjamin mais aussi sa volonté d’être de plusieurs lieux (cette citation de 1648, extraite d’une lettre de Descartes à la princesse Elizabeth de Bohême, était placée sur le mur en face de sa table de travail : « Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l’autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse en ce qu’elle est libre »). Ils ont également le mérite d’éclairer « le lecteur » inlassable de Kafka, Celan, Benjamin, Goethe, autant d’auteurs de la modernité littéraire (voir aussi l’article de Guy Petitdemange sur Mosès et Goethe). C’est parce qu’il était irrémédiablement un moderne que Mosès a « rejoint son histoire à Jérusalem » avant de revenir à Paris où il n’a jamais cessé de penser un judaïsme de son temps. Mais ces mélanges ont également une touche personnelle qui met bien en avant ses liens intimes avec la peinture et avec la poésie. La peinture est l’occasion d’un texte inédit de Stéphane Mosès sur un tableau de son épouse Liliane Klapisch (il commente en recourant à la pensée de W. Benjamin un tableau esquissé par sa femme dans le cimetière de Port-Bou, ville où Benjamin s’était suicidé après avoir appris qu’il ne pouvait pas entrer en Espagne pour échapper aux nazis). Parallèlement, son fils Emmanuel, écrivain et poète, qui se souvient d’un pèlerinage familial à l’église San Lorenzo in Lucina où repose Nicolas Poussin publie « huit poèmes qui sont autant de variations sur le thème des retrouvailles entre père et fils ». Ce sont bien entendu plus et mieux que des mélanges.

O. M.

Éditions de l’Éclat, Bibliothèque des fondations, 2009
224 p. 22 €