Benoît XVI
Un pontificat sous les attaques
Le titre dit assez qu’il s’agit d’un livre en défense du pape actuel, mais il occulte un aspect important et assez rare dans la littérature sur les papes : les deux auteurs, « vaticanistes » (journalistes spécialisés auprès du Saint-Siège) de deux quotidiens italiens, Il foglio et La stampa, traitent en effet des nombreuses affaires qui ont déjà jalonné six ans de pontificat en enquêtant sur le rôle, le comportement, l’implication des cardinaux de la curie romaine. Il en résulte un livre assez étrange, où Benoît XVI est certes défendu, mais sans dévotion confite, et où, au contraire, les conflits internes dans le gouvernement de l’Église catholique sont cruellement mis en lumière. Rien qui puisse scandaliser au demeurant, mais derrière les entrées du Vatican contrôlées par les gardes suisses, tout n’est pas harmonie ni entente fraternelle… Pour les affaires dont il est question, il s’agit de la réintégration des évêques intégristes, de la libéralisation de la messe en latin, de la pédophilie des prêtres catholiques, des déclarations sur le préservatif, des Légionnaires du Christ et de leur scandaleux fondateur Maciel, de nominations contestables… et aussi du discours de Ratisbonne avec la phrase sur les musulmans et leur violence religieuse. Presqu’à chaque fois, des erreurs sont commises par des membres éminents de la curie, des dissonances apparaissent, des paroles imprudentes sont prononcées, la mauvaise gestion des événements aggrave les problèmes… On notera aussi les ambiguïtés d’une succession qui découvre les limites du pontificat précédent et n’est pas capable de les avouer, vu le prestige de Jean-Paul II (c’est particulièrement vrai de son inertie fautive en matière de pédophilie ou dans l’affaire Maciel). Les auteurs veulent « innocenter » Benoît XVI, et ils sont globalement convaincants sur ce point. Il n’empêche qu’ils jettent aussi une lumière crue sur son impuissance à réformer les mauvaises habitudes de la curie et à anticiper les réactions à ses décisions et ses propos.
J.-L. S.