L’invention de l’Orient. 1860-1910


Ce beau livre contient les « images », sorties du fonds photographique de l’agence Roger-Viollet, de l’orientalisme, c’est-à-dire de l’Orient construit par l’Occident durant la seconde moitié du xixe siècle et les premières décennies du xxe. Ce sont des photos de l’Orient imaginé, du Maroc à l’Empire ottoman en passant par l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, la Syrie – le « Levant » plutôt. Mais paysages, villes, ruines ou déserts, hommes et femmes de toutes origines et de tous âges ont été saisis pour créer et confirmer des stéréotypes et répondre aux fantasmes d’un xixe siècle fasciné par un « autre » tel qu’on le voudrait. Témoins du désir occidental (souvenir érotisé des Mille et une nuits ?), notamment ces mauresques jeunes, belles et vaguement lascives, exhibant un sein improbable : ce sont des modèles, souvent des prostituées, nous dit Pascal Blanchard. Formes extrêmes de ces « types d’Orient », que l’Occident aimerait figer dans leur passé immobile. Mohammed Arkoun aurait peut-être répondu que ces images dans des pays sans images avaient, malgré tout, quelque mérite, fût-ce comme des traces déformées ou détournées de la réalité de leur époque.

J.-L. S.

La Martinière, Histoire et Société, 2016
320 p. 45 €