Le Village métamorphosé
Révolution dans la France profonde
Chichery-la-Ville, au nord de la Bourgogne, non loin d’Auxerre, 473 habitants, un village ni trop à l’écart de la ville ni trop absorbé par elle, qui accompagne à son rythme les évolutions de notre société. Pourquoi consacrer un ouvrage d’ethnologie à ce coin de campagne française ? Pour poursuivre, tout d’abord, l’aventure d’un précédent livre, le Village retrouvé (1979), qui racontait la modernisation au village. Mais ensuite, et surtout, pour se défaire de l’impression de familiarité et mesurer, avec surprise dès lors que le regard change, l’ampleur des évolutions qui ont fait passer, presque insensiblement, cet extrait de France profonde dans une nouvelle ère. Désormais, l’église n’accueille plus la messe, le maire ne sait plus quel est son territoire, la ferme est un laboratoire de haute technologie, les habitants inventent tant bien que mal la « rurbanité ». Mais tous ces changements, l’ethnologue ne les avait pas vus venir : en surface, le village semblait rester lui-même, pourtant le maire a du mal à expliquer ses prérogatives, le presbytère est vide, le monde agricole technicisé semble incompréhensible (« Je suis monté au GAEC hier soir et, en me retrouvant dans la stabulation, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas expliquer ni comprendre la moitié des choses que je voyais »). L’auteur a grandi au village, il le connaît intimement mais il doit pourtant redécouvrir la vie du village, réapprendre à le regarder. Si de nombreuses notations, sur les transports, sur les fêtes, le bricolage ou le passage au supermarché offrent l’occasion de belles pages d’ethnographie du quotidien, les deux chapitres centraux, les plus impressionnants, portent sur la vie paroissiale sans prêtre (« Un dieu se meurt ») et sur les travaux de la ferme (« Y a-t-il encore des paysans dans les champs ? »). Accompagnant le travail de description, des moments de promenade dans la littérature ethnologique et des extraits des carnets de travail complètent l’enquête locale qui est en même temps une méditation sur les dommages du temps et une découverte passionnée ou inquiète des formes nouvelles de la sociabilité.
M.-O. P.
M.-O. P.