De la paix aux résistances

Les protestants en France. 1930-1945


Ce livre sur les protestants dans les années 1930 et durant les années de guerre répare une lacune. On connaît mieux l’histoire de l’Église catholique entre 1940 à 1945, et pour cause : elle n’a pas laissé que de bons souvenirs dans la mémoire française. Comme le titre l’indique, les protestants de la tradition réformée (calviniste) ont été à la hauteur entre 1940 et 1945. Ils peuvent en effet faire état, très globalement, de leurs «  résistances  ». Leur opposition au «  maréchalisme  » se cristallise vraiment lorsque Vichy introduit un statut spécial, discriminatoire, pour les juifs, c’est-à-dire dès 1940. Toute une base protestante s’insurge alors, passant outre l’attentisme du président de la Fédération protestante, Marc Boegner. Séduit par la personne du Maréchal lors de ses rencontres avec lui et aussi par certains aspects de la politique de Vichy, Boegner fait certes des remontrances orales et écrites au régime, mais ne tape pas du poing sur la table et vit longtemps de promesses non tenues. Cabanel décrit en détail la mobilisation de nombreux pasteurs et laïcs, mobilisation politique et sociale, notamment à travers la création de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués), créée dès 1939 pour aider les Alsaciens et les Lorrains évacués vers le sud de la France, très impliquée ensuite dans le camp de Gurs et l’assistance aux juifs qui se cachent ou fuient, avec à sa tête Madeleine Barot, une secrétaire générale d’envergure exceptionnelle. Ont-ils été moins présents dans la Résistance armée ? Cabanel le conteste. Le livre est intéressant aussi par le rappel des raisons théologiques qui menèrent ces protestants à la résistance contre le nazisme et ses serviteurs de Vichy. Il faut dire – chose trop oubliée ou ignorée – qu’ils ont bénéficié dès le début des années 1930 de la théologie de Karl Barth, le grand résistant allemand, cofondateur de l’«  Église confessante  » au synode de Barmen (1933). De manière générale, le rôle théologique et politique des pasteurs dans la Résistance a été essentiel, des années 1930 aux «  thèses de Pomeyrol  » (1941), équivalent français de la déclaration de Barmen.

J.-L. S.

Fayard, 2015
427 p. 23 €