PETIT ÉLOGE DU CATHOLICISME
Parfois, l’ancien journaliste du Monde des livres l’avait laissé pressentir ; plus souvent, conscience ou neutralité ou solidarité professionnelles obligent, il brouillait les cartes. Aujourd’hui, à l’écart des confessions bruyantes, il met des mots sur la foi catholique qui est la sienne, sur ce qu’elle éclaire de sa vie, sur la joie qu’elle lui donne. Il fait visiter en quelque sorte la maison catholique, en défense sans complexe du catholicisme de toujours, du catholicisme des papes, et il le fait avec cœur, talent et finesse. La conversion – l’événement même (et quelques allusions à ce qui l’a précédé) et la liberté de la foi qui sait que « Dieu est plus grand que notre cœur quand notre cœur nous condamne » – est racontée avec force et justesse. Une nouveauté a surgi un jour, au début des années 1980, dont la lumière ne s’est jamais démentie. Le lecteur du Monde des livres croit se souvenir de préférences qui l’avaient étonné chez ce grand connaisseur des convertis de la fin xixe-début xxe siècle. La sérénité n’est pas totalement au rendez-vous pourtant. P. Kéchichian éprouve le besoin de comparer : « À la figure solide et bien dessinée de l’héritier j’oppose celle, inquiète et troublée, joyeuse cependant, enthousiaste même, du converti. Mais s’opposer n’est pas le verbe qui convient… Le converti […] apporte à l’héritier ce qui lui manque. Ou ce que, inscrit sur sa pente, il a tendance à oublier, à négliger. » Ces réserves et irritations suggérées à l’égard des héritiers « solides » sont-elles bien pertinentes ? Elles ne me scandalisent pas : il arrive aux convertis d’être injustes, de l’injustice d’un zèle « dévorant » pour le Seigneur et sa maison. Il ne faudrait pourtant pas qu’ils se prélassent trop sur le pont du navire, au soleil de Dieu, à discourir de Ses mérites, en y mêlant la Vierge et les saints et la tradition (que nous aimons tous) en compagnie du capitaine et des gradés, pendant que les héritiers, humbles soutiers, font dans la cale le travail ingrat sur les machines, entretiennent et réparent, colmatent et même jugent bon parfois – quelle horreur – de rénover et de moderniser.
J.-L. S.