Le peuple des rats. Dans les sous-sols interdits de la Chine


À Pékin, un million de «  rats  » peuplent les sous-sols insalubres de la ville, construits du temps de Mao à la fin des années 1960, pour protéger les habitants d’éventuels raids aériens déclenchés par les Soviétiques. Ces rats, ce sont les milliers de paysans venus de la campagne à la ville dans l’espoir d’une vie meilleure. Employés dans le bâtiment, les grands hôtels, les hôpitaux ou les services, voués à toutes les tâches ingrates d’entretien et de nettoyage, ils sont privés de toute garantie et de toute protection sociale. Ils ont laissé derrière eux des millions d’enfants, souvent abandonnés à eux-mêmes auprès de grands-parents âgés. Au prix d’une enquête courageuse, semée d’obstacles, Patrick Saint-Paul, correspondant du Figaro en Chine, va à la rencontre de ces «  sous-hommes  » (et femmes) dans les sous-sols de Pékin et de leurs parents dans les campagnes. Il restitue leur vie misérable, souvent dans des dortoirs et des salles collectives, toujours en sous-sol, en les faisant tout simplement parler, raconter… ou en tentant d’y faire un petit séjour lui-même. Ils vivent à côté des milliardaires, amis du pouvoir circulant en voitures de luxe. Surveillés pour éviter tout contact avec les curieux, ils n’échappent pas au contrôle du Parti communiste, soucieux de ses privilèges, et à la férule d’un président qui voudrait remettre ce Parti à l’école de Marx et de Mao pour le sortir de la corruption, pendant que flambent les bourses chinoises. En dépit de tout, les «  rats  » espèrent pour eux et leurs enfants un avenir meilleur.

J.-L. S.

Grasset, 2016
255 p. 20 €