LA CRISE
Amérique 1927-1932
Cet ouvrage présente la correspondance diplomatique que Paul Claudel, ambassadeur de France à Washington entre le 15 décembre 1927 et le 1er décembre 1932, adresse à son ministre. Il retient l’attention à divers titres : tout d’abord, le voyageur et excellent observateur qu’est Claudel décrit fort bien la situation américaine tant sur le plan social qu’économique, et anticipe le krach de 1929 (« Tandis qu’il court d’une caisse à l’autre, [l’argent] est dérobé à la production, à la création de richesses réelles, et de tous côtés, l’on voit sortir, en effet, dans ce sens des aveux que jusqu’ici la conspiration universelle de la “prospérité” avait étouffés » [9 novembre 1929]) ; ensuite, il apparaît que l’écrivain qui saisit fort bien les rythmes de la Bourse rappelle involontairement que le savoir économique n’est pas nécessairement le mieux armé pour comprendre tous les ressorts de l’économie, et cela quoi qu’il en soit de son attitude vis-à-vis de l’argent (voir le récent livre de Jacques Julliard, l’Argent, Dieu et le diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne, Paris, Flammarion, 2008) ; enfin, la remarquable préface de Renaud Fabre (celui-ci cite J. K. Galbraith qui écrit dans sa Brève histoire de l’euphorie financière : « Sortir de la crise, c’est tourner le dos à la folie. Mais si les fous peuvent communiquer leur folie, ils ne peuvent la percevoir et décider d’être raisonnables ») est l’une des meilleures comparaisons que l’on puisse lire à ce jour sur les krachs de 1929 et de 2008. Deux krachs aussi fous l’un que l’autre !
O. M.