CHRONIQUE D’UN PILOTE ORDINAIRE
Qui avons-nous sauvé ?Qui avons-nous tué ? Préface de Marie-José Chombart de Lauwe
Voici un témoignage sur la vie des pilotes de guerre, rédigé par un jeune anthropologue, pris comme certains de ses contemporains dans la tourmente de la résistance au nazisme. Paul-Henry Chombart de Lauwe participe après la capitulation française à l’École des cadres d’Uriage, où il va se lier avec Jean-Marie Domenach, Bénigno Cacérès, Joffre Dumazedier, Hubert Beuve-Méry et tant d’autres qui rejoindront la résistance. C’est en 1942 qu’il décide de passer par l’Espagne pour se rendre au Maroc et servir la France libre. Ce sont ses notes, de cette époque, qu’il a assemblées et organisées en un récit chronologique, celui dont nous disposons dorénavant. Dans un « Prélude », il écrit : « Il est moins question ici de grands exploits que de la vie quotidienne dans un groupe de chasse pendant la guerre et dans la France occupée. Tout était mêlé : la volonté de vaincre le nazisme et de reconquérir la liberté nationale, la joie du sport, l’émerveillement devant les paysages découverts, la maîtrise de la machine, le goût de l’acrobatie aérienne (qui est une constante des pilotes de chasse), le travail d’équipe et la solidarité qui en découle. » Cette chronique se lit agréablement, on y apprend le fonctionnement d’une escadrille, les conditions du combat aérien, l’organisation des armées alliées, etc., et, au-delà de ces descriptions d’un monde disparu, on s’interroge avec l’auteur sur le pourquoi lutter, comment admettre l’usage des armes pour mettre fin à leur fracas, comment épargner les civils, etc. Ces questions à la fois politiques et morales jalonnent cet ouvrage émouvant et ne trouvent pas d’autres réponses que la nécessité d’éliminer l’armée adverse et son odieuse idéologie raciste. Les 175 missions de guerre de l’aviateur Chombart de Lauwe vont profondément le marquer, on s’en doute, mais il en conservera surtout l’esprit d’équipe – qu’il ne cessera d’activer par la suite dans son laboratoire d’ethnologie sociale – et aussi l’usage de la photographie aérienne (sur laquelle il écrira un ouvrage, encore aujourd’hui de référence) pour décrypter la société… Sans omettre son engagement pacifiste.
T. P.
T. P.