SEXE, MENSONGES ET HOLLYWOOD



 On oppose rituellement Hollywood, le symbole du cinéma commercial dont les scénarios et les images sont susceptibles de faire le tour du monde, à New York où, depuis l’apparition de la génération de Martin Scorsese, s’invente le cinéma d’auteurs indépendants. Décrivant la grandeur et la décadence du festival de Sundance qui, créé par Robert Redford dans les années 1980, était destiné à accueillir les cinéastes novateurs (« Les organisateurs du festival de Sundance espéraient que ces réalisateurs autodidactes généreraient la même énergie, la même effervescence et le même engouement public qu’Ingmar Bergman, le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague dans les années soixante »), ce livre d’enquêtes pénètre dans les coulisses d’un nouvel Hollywood. Celui de deux producteurs, les frères Weinstein, deux personnages insupportables et hauts en couleur, qui se sont donné pour tâche en fondant Miramax (qui sera racheté par les studios Disney) de connaître des succès retentissants avec des films d’auteurs. « À la fin des années quatre-vingt, les distributeurs étaient dans l’impasse. Aucun des films indépendants à succès n’avait dépassé le seuil des 25 millions de dollars de recettes, et le nombre d’entrées plafonnait. C’était sans compter sur Harvey et Bob Weinstein, qui allaient bouleverser l’univers du cinéma indépendant. » Dans ce contexte, l’ouvrage met en scène la manière dont les deux frères remettent en cause la frontière entre les cinémas indépendant et commercial. Mais à quel prix? Celui de la perte d’autonomie pour la plupart des « auteurs » qui perdent leur droit au final cut (montage final) et celui d’une réécriture permanente des scénarios qui échappent à leurs auteurs. Quant à Quentin Tarantino, cinéaste culte, dont l’indépendance est respectée, les pages qui lui sont consacrées éclairent un cinéma qui recycle les genres et les scénarios d’hier. Il n’est pas si fréquent de rentrer dans les studios et de voir comment sont mises en œuvre la production et la distribution des films. Et encore moins de voir défiler tous les cinéastes américains qui comptent depuis une trentaine d’années. Voir les films est une chose, faire du cinéma en est une autre… on n’imagine pas de telles coulisses.
O. M.
Le Seuil, Points, 2007
928 p. 9,80 €