Le prix du Salut
Les chrétiens, l’argent et l’au-delà en Occident (IIIe-VIIe siècle)
Le spécialiste de l’Antiquité tardive explore dans ce livre une question apparemment marginale, mais en réalité importante, pour l’Occident chrétien : comment le simple fidèle gagne-t-il son salut ? C’est entendu : l’Évangile prêche l’amour du prochain, et le Christ est le « premier-né d’entre les morts », mais qu’en est-il de la résurrection de chacun ? Peter Brown montre comment, sur plusieurs siècles, se met en place l’imaginaire chrétien de la mort : par la prière ; par la pratique de l’aumône qui permet d’« accumuler un trésor dans les Cieux » ; et par les rites funéraires (eucharistie, agapes, évocation de la mémoire du défunt). Quant aux représentations de la vie dans l’au-delà, Augustin, notamment, est très prudent et réservé : il recommande de se sanctifier en demandant pardon même pour les péchés « véniels », sans curiosité excessive pour les scénarios de l’au-delà. Peu à peu s’impose aussi l’idée d’une purification possible après la mort, ou d’un « délai » imposé avant de se trouver en présence de Dieu. Plus tard, pour Grégoire de Tours, ce sont les miracles des saints qui attestent de leur vie dans l’au-delà… Preuve que la chose n’était pas acquise : en 590 encore, un prêtre déclare à Grégoire ne pas croire en la résurrection des morts. Au début du viie siècle enfin se répand, en Irlande et en Bretagne, un usage « importé » par Colomban et ses moines : la confession régulière des péchés, qui généralise aussi l’examen de conscience, c’est-à-dire son apaisement relatif avant le grand passage.
J.-L. S.