L'ÉGLISE CATHOLIQUE ET LE COMMUNISME EN EUROPE (1917-1998)

De Lénine à Jean-Paul II


Le jugement de l'histoire est passé depuis 1989. Quand Gorbatchev rend visite à Jean-Paul II le 1er décembre de cette année-là, c'est de sa part, à en croire un inconditionnel du pape précédent (George Weigel), une « capitulation pure et simple ». On peut interpréter en effet le bras de fer entre Église catholique et communisme au xxe siècle comme la guerre entre une religion de substitution séculière et une Église « authentiquement religieuse » - l'Église catholique. P. Chenaux ne dédaigne pas cette interprétation. À certains égards, son livre dément pourtant cette idée, qui plaît aux idéologues. Car il montre bien la pluralité des plans où se déroule la rivalité entre communisme et catholicisme : les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l'Union soviétique (un des aspects les plus intéressants du livre) ; la collaboration ou l'hostilité entre catholiques et communistes en Europe de l'Ouest et de l'Est ; les rapports intellectuels entre christianisme et marxisme ; les interférences œcuméniques des relations entre Église catholique et communisme soviétique, du fait que ­l'Église catholique rêva, au lendemain de 1917, d'une reconquête de l'orthodoxie russe. Chenaux considère que la politique intransigeante de Jean-Paul II, à l'Est et à l'Ouest, a mis fin aux équivoques et réglé à la fois les questions politique, sociale, intellectuelle et œcuménique. C'est possible, mais il ne souligne pas assez, à mon sens, à quel point, dans cette histoire, un certain anticommunisme a été peu éclairé, mais intéressé et calculateur, et combien il a fourvoyé les choix de l'Église catholique : c'est aussi une histoire qui reste à faire. L'auteur montre bien cependant combien les visées sur l'orthodoxie et même, en général, le souci des intérêts catholiques expliquent les louvoiements de départ. Pour le passé de l'histoire avec le communisme, Esprit est présent à différents moments et de différentes manières. À noter que la condamnation de la revue aurait été évoquée au tout début, en 1932, parce que sa critique du désordre établi qu'est l'ordre bourgeois serait apparue comme du philo-communisme.

J.-L. S.

Le Cerf, coll. Histoire, 2009
383 p. 30 €