Jean-Bark
Voilà un opuscule rédigé sans fioritures sous le coup de l’émotion après la mort de Jean-Marc Roberts, un éditeur qui aimait les écrivains qu’il accueillait aux éditions Stock. Si l’on ne s’arrête pas à son dernier coup qu’il justifiait (la publication peu reluisante du livre de Marcela Iacub qui révélait sa relation avec Dsk), si l’on sort des rumeurs et des qu’en-dira-t-on chers au milieu littéraire, on peut lire dans cet ouvrage de l’écrivain Philippe Claudel un hommage à l’amitié qui permet de comprendre que Jean-Marc Roberts, qui aimait jouer les mauvais garçons, n’était pas un mal-aimé. Ce n’est pas n’importe quelle amitié qui est évoquée, mais l’amitié que l’éditeur entretient nécessairement avec son auteur, une amitié tendue, contrastée, réceptive et brusque, amoureuse et distante, l’amitié de celui qui cherche à (se) donner à l’autre pour qu’il se dépasse, de celui qui crée une alchimie qui se trame à plusieurs. Cette « complicité créative », c’est ce qu’évoque la plume de Philippe Claudel, apparemment si loin et si différent de Jean-Bark, quand il parle de ce dernier, un écrivain qui se faisait rare car il aimait surtout accoucher des autres. « Je pense que j’ai écrit beaucoup de livres pour toi, sans même m’en apercevoir. Tu étais un accoucheur. Un accoucheur discret. » Quand Esprit habitait encore rue Jacob, près de Saint-Germain-des-Prés, dans des locaux loués aux éditions du Seuil où travaillait Roberts à l’époque, les occasions de rencontre avec lui n’étaient pas rares. C’était un homme souriant, disponible, attentif ; jamais la moindre distance, la moindre déférence, alors qu’Esprit n’était sûrement pas son monde.
O. M.