L'islam devant la démocratie


Y a-t-il une incompatibilité entre islam et démocratie, ou du moins certains aspects de l’esprit démocratique, comme l’acceptation de la division politique, de la pluralité et du conflit des opinions, du doute et de l’incertitude en général ? Qui n’a été au moins effleuré, devant la rareté démocratique en terre d’islam, par cette interrogation ? Des velléités démocratiques, des tentatives de réforme existent en islam depuis deux siècles et, récemment, le « printemps arabe » a déferlé dans plusieurs pays mais les difficultés égyptiennes et tunisiennes entretiennent le doute. Fidèle à ses recherches sur les racines culturelles du vivre ensemble, Philippe d’Iribarne tente de comprendre l’obstacle en reconstruisant l’« univers mental singulier » de la révélation et de la tradition musulmane. Une étude précise de lignes de force du discours coranique et de la tradition philosophique des origines (Averroès, Avicenne…), des enquêtes sur la référence coranique et ses usages modernes en pays d’islam, un examen des rapports entre certitudes croyantes et incertitude démocratique lui font conclure que les rapports entre islam et démocratie sont nécessairement difficiles, sans que l’avenir soit fermé partout et au même degré. Mais l’enquête historique et l’analyse politique s’accommodent-elles bien de cette approche culturelle, qui cherche à saisir une « essence » ? Au-delà du débat très vif entre spécialistes de sciences sociales et humaines sur la méthode, l’auteur répond aux objections et entreprend une démarche comparative (notamment avec les Évangiles) permettant à chacun de se faire une opinion.

J.-L. S.

Gallimard, Le Débat, 2013
186 p. 16,90 €