LIRE LES MOTS ET LES CHOSES DE MICHEL FOUCAULT
Ce livre, paru dans une collection consacrée à introduire aux œuvres majeures de la philosophie, est d’abord une réussite pédagogique. Il réussit à rendre intelligible ce qui est probablement le livre le plus difficile de Michel Foucault, en restituant son contexte à l’intérieur de l’œuvre et dans les débats propres aux années 1960. Les Mots et les choses est d’abord un livre de « rupture » dont les résultats épistémologiques doivent être interprétés dans le projet plus vaste d’une « archéologie des sciences humaines ». Il ne s’agit pas simplement d’étudier l’émergence de nouveaux savoirs empiriques (économie, biologie, philologie) à l’aube du xixesiècle, mais de montrer comment ces savoirs ont contribué à forger la figure de l’homme, jusque-là méconnue. C’est la seconde partie du livre qui est au centre du commentaire, et donc l’importance du langage dans l’émergence des sciences humaines. Mais, pour autant, Foucault n’apparaît pas comme un représentant du structuralisme si l’on entend par là la tentative de dissoudre l’anthropologie (et le thème de la conscience qui l’accompagne) dans une théorie du langage. Si l’homme apparaît bien comme l’effet d’un « changement dans les dispositions fondamentales du savoir », l’apport central du livre résiderait plutôt dans la conception de l’« histoire des vérités » qui y est à l’œuvre. De ce point de vue, la difficulté principale est celle des changements d’épistémès (systèmes de contraintes qui permettent l’apparition de nouveaux savoirs) que Foucault présente comme autant de surgissements inexplicables. L’auteur propose une solution originale, qui fait de ce livre plus qu’un commentaire pédagogique: c’est l’expérience littéraire « comme expérience des limites ou des seuils, où la pensée est comme attirée vers ce dehors d’elle-même », qui rendrait possible l’apparition de nouveaux savoirs. On connaît l’intérêt de Foucault pour Bataille ou Blanchot et les Mots et les choses s’ouvrent sur une référence à Borges. L’hypothèse de l’auteur est que seule la littérature a le pouvoir de faire entendre un nouveau langage, c’est-à-dire de rendre perceptible une nouvelle articulation entre le savoir et le monde.
M. F.