LE GRAND PARIS
25 questions décisives
Après la séquence médiatique (nécessaire et instructive) des architectes/urbanistes qui a donné lieu à l’exposition de la Cité de l’architecture au Palais de Chaillot, cet ouvrage fort bien enlevé et fourmillant d’informations claires et mises à jour vient à son heure. Il rappelle, comme nous l’avons fait dans cette revue, que le débat sur le Grand Paris (devenu Paris Métropole ou Région Capitale…) est nécessairement politique. Si le président Sarkozy avait annoncé des réformes de gouvernance et multiplié les effets d’annonce, il n’en est plus guère question depuis qu’il a fait machine arrière après des élections européennes peu favorables à la droite. D’où le sentiment d’un silence total sur les enjeux politiques et d’une fin de non-recevoir compréhensible, taxe professionnelle et invention de conseillers territoriaux aidant, de l’opposition. Mais l’ouvrage de Philippe Subra (un collaborateur de la revue de géopolitique Hérodote), qui prend acte d’avancées sur le plan urbanistique, se demande sans ambages s’il est concevable qu’un acteur politique pertinent puisse naître du capharnaüm institutionnel parisien dont les chercheurs se satisfont allègrement au nom d’une gouvernance postpolitique, sanctifiée car synonyme de complexité. Il s’interroge alors sur les acteurs en place : sur le rôle de l’État qui fait un retour remarqué (un État développeur à l’image du projet de Christian Blanc qui ne connaît que les pôles de compétitivité et leur interconnectivité… mais un État développeur en mal de capacité de financement), sur celui de la ville de Paris (celle-ci, un microterritoire de 106 km2 qui se protège avant tout contre les accusations d’hégémonie et de centralisme) qui a trouvé la réponse limitée du syndicat Paris/Métropole piloté par Pierre Mansat, sur celui de la région (dont le territoire, celui de l’Île-de-France, n’est pas celui d’une métropole), et sur celui des collectivités locales (les pages consacrées à la création d’intercommunalités en première couronne en soulignent les faiblesses). Tout semble bloqué avant les élections régionales. Mais il apparaît clairement à la lecture de cet excellent livre qu’il faudra bien qu’intervienne un acte politique (renforcement par le biais électif des communautés urbaines) pour que l’État et sa Ville Capitale (qui a toujours eu également du mal avec le reste de la France) cessent de jouer au chat et à la souris. Drôle de Ville Capitale dont l’État se méfie comme de toutes les autres entités territoriales. Cela doit bien avoir à faire avec l’imaginaire historique français… Mais ce n’est plus une affaire de jacobins et de girondins, de centralisateurs et de décentralisateurs. Qu’on le veuille ou non, la mondialisation est passée par là.
O. M.