LES RÉFORMES RATÉES DU PRÉSIDENT SARKOZY


Auteurs, ensemble ou avec d’autres, de rapports ou d’ouvrages de référence qui ont souvent influencé la classe politique (entre autres : Pierre Cahuc et André Zylberberg, le Chômage, entre fatalité ou nécessité ?, Paris, Flammarion, 2004 ; Pierre Cahuc et Francis Kramarz, De la précarité à la mobilité. Vers une sécurité sociale professionnelle, Paris, La Documentation française, 2005 ; Pierre Cahuc et Yann Algan, la Société de défiance. Comment le modèle social français s’autodétruit, Éd. Rue d’Ulm, coll. du « Cepremap », 2007), les réformistes que sont Cahuc et Zylbelberg s’interrogent sur la capacité de réformer un pays où la communication (présidentielle et ministérielle) présente comme des réformes réussies des réformes ratées ou inefficaces. Tout en analysant de manière critique la loi de modernisation de l’économie (Lme) qui renforce le pouvoir des grandes enseignes commerciales dans la grande distribution et pénalise d’autant plus les consommateurs, l’exonération des heures supplémentaires qui est selon eux une mesure purement idéologique et opportuniste dont le coût rejoint les 5 milliards d’euros attribués au Rmi, les mesures appliquées (post-lobbying) à des professions comme les taxis et la loi sur la représentativité syndicale, les deux auteurs visent essentiellement la réforme des régimes spéciaux de retraite qui devait allonger la durée du temps de travail (Sncf, Ratp, Edf). Celle-ci a conduit à des mesures surréalistes puisque la possibilité d’une rupture conventionnelle permet désormais d’avancer, à partir de 57 ans, son départ aux frais des Assedic. Ce qui les amène à souligner que ces mesures creusent les déficits, que la classe politique complexifie plutôt qu’elle ne simplifie des dossiers labyrinthiques et que le président Sarkozy a réussi à capter le discours de la réforme en mélangeant tous les types de réforme possible (voir le numéro d’Esprit sur la réforme de l’État, décembre 2008). Le principal mérite de ce livre d’économistes patentés est de rester constamment un livre politique. D’où leur constat final que l’incapacité de réformer sérieusement les institutions et le refus de toucher en quoi que ce soit au cumul des mandats est la raison profonde de cet immobilisme (on le voit encore après les propositions vilipendées sans discussion aucune, si critiquables soient-elles, de la commission Balladur). Comme quoi la réforme est aujourd’hui la meilleure manière de faire du surplace politique si elle n’est pas accompagnée par un approfondissement de la démocratie politique et sociale.
O. M. 
Flammarion, 2009
252 p. 18 €