Métaphysique d’un bord de mer


Il faut lire le titre de ce livre en son sens littéral : il parle du saisissement, de l’expérience métaphysique que produit le bord de mer. Qui n’a été saisi, en effet (s’il y est allé – ce n’est pas le cas de tout le monde !), par un bord de mer, de la mer « toujours recommencée », toujours unique et toujours diverse au fil des saisons et même des jours, et selon les bords de la terre d’où on la contemple ? Pierre Cassou-Noguès s’est attelé à la description polyphonique, fragmentée, de ce lieu unique et multiple, en racontant ses « quatre saisons », ses couleurs, son bruit, ses parfums, en rappelant son invention et sa création dans l’histoire, quelques noms oubliés de sa découverte, des descriptions littéraires (de Michelet et d’autres), des souvenirs d’enfance et de plage, des inspirations philosophiques (Husserl et « l’husserlien »), pour faire la chronique phénoménologique et métaphysique d’« un territoire du vide » qui est « devenu un petit paradis ». Les livres faits de fragments ne suscitent pas nécessairement l’enthousiasme. Mais l’auteur de celui-ci a trouvé la forme juste, nous semble-t-il, pour parler autrement de métaphysique, et surtout mettre des mots sur des sensations partagées – de bord de mer.

J.-L. S.

Cerf, 2016
386 p. 24 €