PETITE COLLECTION DE PAYSAGES
Le comédien Denis Podalydès a récemment réussi le tour de force de décrire des « voix » de comédiens comme des paysages (voir « Le comédien qui entend des voix. À propos de Voix off, de Denis Podalydès », Esprit, novembre 2008), Pierre Gilloire prend, lui, la plume pour écrire des types de paysages. À distance des Carnets de Julien Gracq ou de chroniques paysagères, il passe en revue, avec la minutie sémantique du géographe et l’intensité langagière de l’écrivain, des formes paysagères (une quinzaine : « Près », « Collines », « Clairières », « Cascades », « Plages », « Côtes rocheuses », « Chemins », « Alpages », « Sommets », « Steppe », « Canyon », « Tassilis », « Nuages », « Nocturnes », « Îles désertes »). Si l’exercice n’est pas aisé, l’auteur y parvient incontestablement, n’hésitant pas à lier ces paysages à « ses » voyages (mentaux ou non) et à « ses » lieux de prédilection, à commencer par la prairie familiale. En s’appropriant des paysages sur le mode de l’entretien amoureux, il en donne la substance et les images. Il n’hésite pas non plus à inscrire certains paysages dans leur histoire comme c’est le cas des « Terrasses » : « Notre regard a changé. Nous aimons les terrasses. Leur valeur esthétique est le fruit d’une heureuse combinaison entre lignes horizontales, verticales et obliques. »
Paysagiste de profession, l’un des plus reconnus en France, Alexandre Chemetoff se livre rarement et se méfie de la théorie. Ici il propose, à mille lieux de la consultation sur le Grand Paris, une conversation portant sur ses « lieux à lui ». Une conversation car il n’y a pas pour lui de paysage qui ne donne « lieu » à un récit, à commencer par celui du paysagiste lui-même. « Dans l’expression de ce que l’on voit ici sur le coteau, il y a quelque chose de frustre, quelque chose de brutal, quelque chose de dérangeant, quelque chose de maladroit, en somme quelque chose de salutaire. Les choses ne sont pas rangées, elles tiennent les unes par rapport aux autres, elles ne sont pas policées, elles ont leur grain, elles ont leur épaisseur. Ce grain et cette épaisseur sont exactement ce que je cherche dans les projets que j’entreprends. »
O. M.