LE TEMPS DES PORTS
Déclin et renaissance des villes portuaires (1940-2010)
La France n’est pas un pays de ports comme le rappelle sur le plan de l’architecture la ville de Richelieu, une ville d’État qui jouxte et regarde La Rochelle, ville protestante d’où les navires partaient vers le Nouveau Monde. Alors que le monde d’aujourd’hui est marin (« liquide » comme le dit Z. Bauman) et que le fret maritime représente plus de 80 % des échanges commerciaux, la France, pays de l’intérieur, de la terre, du sol et de l’État, entreprend de valoriser son littoral au-delà du seul « désir de rivage » (expression de l’historien Alain Corbin) ou de l’appel du littoral (voir l’entretien avec Paul Virilio dans ce numéro). Et le pays s’interroge parallèlement sur le devenir de ses trop rares ports. L’originalité de cet ouvrage, qui fourmille d’informations et d’exemples aux quatre coins de la planète, est d’inscrire la dynamique portuaire française dans un contexte global. Ce qui oblige à ne pas craindre les comparaisons (Le Havre n’est ni Rotterdam ni Anvers) et surtout à comprendre ce qu’est le défi portuaire sur le plan urbain. Alors même qu’on célèbre les ports et ses peintres (voir l’exposition actuelle au musée du Havre) et qu’on visite aux lumières nocturnes le port de Saint-Nazaire qui s’inscrit bien dans la cité, il apparaît que les ports commerciaux contemporains, ceux qui accueillent off shore des bateaux qui se contentent de déposer leurs containers, se dissocient le plus souvent des ports « historiques » construits à l’époque industrielle. Les ports sont désormais hors ville. En ce sens, le projet Le Havre/Paris imaginé par Antoine Grumbach, qui a mis l’accent sur le paysage maritime et valorisé les liens entre le fleuve Seine et la mer, apportera ou non une réponse à cette déconnexion/décontextualisation des ports comme on le voit en Asie.
O. M.