Jean-Luc Nancy

Retracer le politique


 

 

 

Jean-Luc Nancy est un auteur qu’il n’est pas toujours aisé de suivre en raison de la prolifération de ses textes courts qui ne permettent pas de saisir suffisamment le mouvement d’ensemble de cette pensée luxuriante. Cet essai réussit à mettre en scène la cohérence du travail au long cours de Nancy dont on rappellera ici au passage qu’il fut, dans les années 1960, un temps l’un des animateurs du groupe philosophie de la revue Esprit. Proche de Jacques Derrida et de Philippe Lacoue-Labarthe, on le voit comme l’un des successeurs du courant de la déconstruction sans donner leur place à ses interrogations sur la déchristianisation et sur la « dé-mondisation » qui renvoie à une mondialisation qui défait l’unité du Monde commun. Cet essai montre que l’apport de Nancy est de favoriser une inversion de ce type de pensée et d’inviter à réfléchir sur comment « faire communauté » et « faire monde », une fois admis que la communauté est « désœuvrée » (Blanchot). Ce renversement, l’originalité de l’essai de P.-P. Jandin est de le souligner, est particulièrement perceptible dans l’analyse du politique qui est pris selon Nancy dans un double piège. Celui de la pensée politique d’abord : « S’impose le jugement qui est hérité de la tradition moderne (de la révolution française plus que de la révolution américaine) que le pouvoir est mauvais, domination et oppression à la fois. » Celui des sciences humaines ensuite : comme elles considèrent le pouvoir sous l’angle multiple des « effets de pouvoir », « elles font éclater le pouvoir en une multitude d’effets possibles ». Face à cette vision négative et à cet éclatement, Nancy en appelle au défi de la démocratie « qui pose en principe un dépassement du pouvoir ». Ce n’est donc pas une critique de la démocratie mais une reconsidération des liens de l’État et de la démocratie qui est ici envisagée. La conclusion éclaire ce qui précède en se penchant sur des thèmes chers à Nancy : l’enthousiasme, la confiance et la joie.

O. M.

 

 

 

Michalon, 2012
128 p. 10 €