Ce qu'il reste


Auteur d’une Poétique de la ville, en 1973, qui s’inscrivait dans le sillage de la phénoménologie subtile d’un Merleau-Ponty, Pierre Sansot devait traverser discrètement deux décennies durant lesquelles la sociologie se voulait scientiste et fort peu descriptive. Aujourd’hui disparu, son éditeur publie un ouvrage posthume qui ne porte pas par hasard sur « les restes » (les restes de la table, les reliques, la marginalité, les ordures, les déchets, les excréments, l’héritage, les objets de la foire…) où l’on retrouve le ton et la liberté de celui que l’on appelait le prof, le gitan, l’Indien. Obnubilé par « les gens de peu », les paysages, le rugby de sa région natale (comme cet autre conteur qu’est Michel Serres), Sansot livre dans ce dernier ouvrage sa philosophie qui consiste à voir dans les restes et les résidus un « supplément » plutôt qu’un « manque » ou un objet en voie de disparition. Il la formulait fort bien en 1978 dans sa « petite métaphysique du reste » dont il offre avec ce livre une dernière mosaïque : « Pourquoi faut-il qu’un trop nous encom­bre au lieu de nous combler ? Pourquoi ne pas se réjouir qu’il y ait enfin un excès, un résidu et non la misère d’un manque ? » Le reste comme excès ! La poétique de Sansot rendait sa sociologie heureuse et donc scandaleuse à l’époque, c’est en cela qu’elle a toutes les chances de « rester ».

O. M.
Payot, 2006
206 p. 17 €