Un désaccord parfait

Hardouin-Mansart aux Invalides


Celui qui passe trop vite devant le dôme et l’hôtel des Invalides, ou regarde une photo frontale depuis le pont Alexandre-III, peut croire aisément que les Invalides ne sont qu’un seul monument. Et la vision depuis l’esplanade vient confirmer que l’hôtel des Invalides et le dôme ne font qu’un. Deux en un ! Vieux problème métaphysique ! Mais, dans ce cas, il a fallu résoudre un problème esthétique. C’est la raison pour laquelle Louis XIV a fait appel à Hardouin-Mansart, dont l’aptitude à imaginer des illusions d’optique est remarquable, pour prendre la succession de Libéral Bruant, qui avait réalisé l’hôtel et devait ensuite construire la chapelle de la Salpêtrière. Bien entendu, le problème esthétique est indissociable d’un problème théologico-politique : comme le roi ne peut se trouver dans le même espace religieux (pour prier et communier) que les soldats invalides, il a fallu dissocier l’église du roi de celle des soldats, les séparer tout en maintenant un sentiment d’unité. Cette unité fictive vue de loin correspond donc à une démarcation architecturale que Pierre Schneider, l’auteur d’un classique inégalé sur Matisse et de livres sur Giacometti ou Poussin, expose avec rigueur. Ce livre dense et discret permet de saisir les ressorts politiques et religieux d’un monument simple en apparence.

O. M.

Actes Sud, 2009
128 p. 19 €