LE MAL ABSOLU

Au cœur du roman du dix-neuvième siècle


En France on n’aurait pas d’autre alternative que l’Ancien ou le Moderne, que Frédéric Deloffre ou Roland Barthes (comme dans la célèbre polémique des années 1970 sur Racine). En Italie, par contraste, de très grandes plumes, celles des regrettés I. Calvino, L. Sciascia, celles des G. Macchia, R. Calasso, C. Magris invitent à des lectures d’un style très inventif qui échappe à la lourdeur académique (du Moderne comme de l’Ancien). C’est pourquoi il faut lire Pietro Citati, toute son œuvre, mais dans l’immédiat ce récent et prodigieux livre qui explore l’imaginaire du XIXe siècle dont ce lecteur impénitent montre qu’il y a un envers (la question du mal) à son endroit (à l’idée que le progrès est en gestation). Si les lectures de Defoe et de Stevenson font écho au dossier de ce numéro sur les pirates, les autres incursions dans les littératures française, britannique, russe ou italienne sont une occasion de regarder autrement le siècle qui a précédé les grands troubles du XXe siècle. L’horreur était déjà là si on lit bien, le monde ne se regardait déjà plus dans le prisme des Lumières ou de l’Utopie : le portrait de Potocki est éloquent, la mélancolie terrible de Poe scrutée à la loupe, les sous-sols de Dostoïevski explorés, la noirceur de Flaubert vue à travers les yeux d’Emma Bovary et de Bouvard et Pécuchet. Pour le comprendre, Citati lit tous les auteurs et ne se contente pas de scruter une littérature nationale parmi d’autres. Dickens est lu parallèlement à Dostoïevski, l’étonnante amitié de Stevenson et Henry James valorisée… De la lecture comme grand art !

O. M.
Gallimard/L’Arpenteur,, 2009,
26 p.