Si la démocratie fait faillite

Traduit de l’italien par Gérald Larché


Ce livre (dont on ne voit pas pourquoi le conditionnel du titre, incompréhensible, a été préféré au « comment » de l’italien) aurait pu s’intituler « apocalypse de la démocratie ». Le tableau de l’évolution démocratique que dresse Raffaele Simone, qui s’est fait remarquer il y a quelques années avec un essai sur le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ? (Gallimard, 2010), est effroyable. À l’en croire, tous les fondamentaux de la démocratie sont aujourd’hui dans le rouge, ses « fictions » constitutives (qui faisaient rempart contre l’« état de nature politique », celui de la violence et de la loi du plus fort) – liberté, égalité, représentation, vertus politiques et citoyennes… – sont érodées, ignorées, méprisées, détruites, autant par les mécanismes objectifs de la mondialisation (le capitalisme financier, le libéralisme sans frein, Internet, les médias…) que par le délabrement des subjectivités (demandes constantes de droits, consumérisme, corruption de la classe politique…). Pour être convaincantes, les dénonciations (souvent illustrées par des exemples italiens et français) ne sont pas nouvelles. Réunies pour faire système, elles sont impressionnantes. Néanmoins, Raffaele Simone, malgré ses nuances, série trop peu ses accusations, ou ne pèse pas assez ce qui est légitime dans la critique ou illégitime dans l’affaiblissement de la démocratie actuelle. Il se veut « de gauche », et pourtant rejette dans les termes de la droite et de l’extrême droite l’afflux d’immigrés et de réfugiés arabo-musulmans et africains, dont la non-intégration met en danger les démocraties occidentales, mais ne propose aucune réflexion sérieuse, ni la moindre solution « démocratique », sur ce sujet difficile.

J.-L. S.

Gallimard, 2016
271 p. 22,50 €