SOCIÉTÉ ET SOLITUDE


Alors qu’on parle d’écocité, d’écoquartiers et qu’on imagine utopiquement de ressusciter la ville-jardin à l’anglaise, la ville-nature américaine devrait être célébrée. Mais, comme le montre bien Catherine Maumi, qui a consacré également un ouvrage (Thomas Jefferson et le projet du Nouveau Monde, éd. de la villette) sur le plan de Jefferson à l’origine du découpage du territoire américain, cette thématique s’inscrit dans une vision urbaine spécifiquement américaine. Cette ville-nature, dont on trouve des traces chez un architecte comme Franck Lloyd Wright, qui correspond à une recherche de la nature et de l’espace, est paradoxale puisqu’elle s’accompagne d’un éloignement de l’urbain dans sa version downtown (centre-ville) et donne lieu au phénomène de la los angelisation (du nom de Los Angeles) qui est, selon les uns ou les autres, le pire ou le meilleur de la ville étendue. Reste qu’aujourd’hui, un nouvel urbanisme qui n’est pas sans prétention écologique, celui qu’on voit à Portland ou à Seattle, prend quelque peu à revers ces tendances lourdes. Ce qui ne doit pas empêcher de comprendre en quoi la recherche du havre naturel, de la cabane au fond du jardin ou en plein désert, nourrit l’imaginaire américain le plus démocratique. Ce que rappelle le dernier ouvrage d’Emerson (1803-1882), Société et solitude (1870), ce proche de David Thoreau pour lequel la démocratie n’était pas l’ennemie de la solitude et du silence.

O. M.

Payot/Rivages, Rivages poche/Petite bibliothèque , 2010
310 p. 9 €