Connaissez-vous Paris?


L’auteur d’Exercices de style adorait les énigmes et les questions pièges. Ce n’est donc pas par hasard qu’il a posé quotidiennement aux lecteurs du journal L’Intransigeant trois questions sur l’histoire de Paris entre novembre 1936 et octobre 1938. Ce fut, dit-il, l’une des périodes les plus heureuses de sa vie d’écrivain protéiforme : cette relance journalière d’interrogations oscillant entre le sérieux et le rocambolesque était un rituel quotidien qui permettait de ruser avec la mémoire et de faire apparaître les strates historiques et géographiques de la capitale. Pourquoi les journaux ne renouent-ils pas avec ces « eurosxercices de style quotidiens » qui sont la meilleure manière d’apprendre ce que sont nos espaces urbains (et de les parcourir) dont on veut croire qu’ils n’ont d’autre histoire que leur patrimoine reconnu ? C’est la ville-palimpseste, la ville mémoire de mots et de pierres que ce jeu révèle mais surtout la passion de Queneau pour la toponymie qui est chez lui indissociable de l’« antiopée ». Un terme qui renvoie à Amphion (le fils de Zeus et d’Antiopée) dont Apollinaire a fait le patron des batteurs de pavé. Ce livre, nourri d’antiopées, de promenades sémantiques, rappelle le voyage d’Ulysse et exprime la passion urbaine de l’auteur de Zazie dans le métro. Une passion qui n’est pas celle des surréalistes, des amoureux des Nadja, avec lesquels Queneau a pris des distances polémiques, mais celle d’un homme de dictionnaire qui, en parcourant Paris, fait le tour des bibliothèques tout en croyant faire le tour du monde. Le maire de Paris devrait inventer un concours d’antiopées.

O. M.

Gallimard, Folio, 2011
192 p. 4,60 €