La nature est un champ de bataille
Essai d'écologie politique
Parmi les lieux communs en vogue de nos jours, on trouve en bonne position l’idée selon laquelle la volonté de résoudre la crise écologique va conduire à dépasser les divisions idéologiques. Ce livre montre que, bien au contraire, la nature n’échappe pas aux rapports de force, tant sociaux qu’internationaux. La première partie met en évidence que le mouvement pour la justice environnementale n’est issu ni du mouvement écologiste apparu dans les années 1950, ni du mouvement environnementaliste né au xixe siècle, mais du mouvement pour les droits civiques qui, le premier, a mis en lumière le fait que toutes les classes sociales ne sont pas exposées de la même façon aux dégradations environnementales. La deuxième partie explore de façon extrêmement fouillée la « financiarisation de la nature » à laquelle les risques climatiques ont donné naissance. L’impossibilité d’assurer de tels risques a en effet conduit le monde de l’assurance à établir des liens avec les marchés financiers, marchés dont la capacité d’absorption de colossaux montants d’indemnisation est bien supérieure à celle des compagnies d’assurance et de réassurance. Enfin, l’auteur consacre la troisième partie de son ouvrage à l’exacerbation des conflits internationaux potentiellement induits par le changement climatique. Au total, un livre très bien documenté qui permet d’en finir avec un angélisme environnemental contre-productif.
J.-P. M.