Le mal de Paris
Historienne de l’Allemagne et auteur d’un ouvrage sur Berlin (Berlin Chantiers, 2012) qui anticipait le devenir urbain de la ville européenne d’aujourd’hui, Régine Robin habite une partie de l’année à Montréal et l’autre à Paris dans un petit appartement de la barre de Mouchotte, une construction des années 1960 qui longe la gare Montparnasse. C’est dire qu’elle a le sens de la comparaison urbaine et qu’elle pratique l’art de l’« entre-villes » sans lequel la tendance est de muséifier et de patrimonialiser les agglomérations urbaines en les singularisant à l’extrême. C’est justement ce qu’elle reproche à Paris, dont le repli sur la ville-centre ne permet pas de saisir les évolutions au long cours d’une aire urbaine de douze millions d’habitants. Selon elle, Paris se regarde toujours dans un miroir, celui de sa centralité historique, alors même qu’il faut l’arpenter dans un double rapport centrifuge et centripète. Le constat est d’autant plus sévère que Régine Robin privilégie une approche qui met l’accent sur la créativité et l’imaginaire urbains. Ce qui ne va pas sans cultiver des paradoxes fort salutaires : elle affirme par exemple qu’habiter une barre d’habitation en plein Paris n’est pas « sans qualités »… sans oublier que les barres sont généralement construites hors de Paris, dans les « cités ».
O. M.