JUNKSPACE
S’il est un auteur mondialisé, lu aux quatre coins du monde dans les écoles de design, d’architecture ou d’urbanisme, c’est bien Rem Koolhaas. Souvent objet de polémiques qu’il sollicite ou suscite lui-même, il mérite cependant d’être lu. Ses textes étant souvent mis en avant comme des tracts et ses phrases célébrées comme des slogans, la publication de trois d’entre eux (Bignes or the Problem of Large, 1995 ; la Ville générique, 1995 ; Junkspace, 2001) permet de prendre acte de quelques évidences. Tout d’abord, il s’efforce depuis New York Delire (1978) d’écrire comme on construit, c’est-à-dire chaotiquement, ce qui peut prêter à des confusions. Ensuite, il décrit un état des lieux de « l’urbain généralisé contemporain » que résume ainsi François Chaslin : « La ville générique est une description de la ville contemporaine telle qu’on la produit effectivement à des centaines d’exemplaires par le monde, regroupant certaines fois jusqu’à 15 millions d’habitants. C’est une ville sans guère d’attaches où l’histoire se résorbe en un quartier muséifié, la nature en un parcours de golf. Une ville où le logement légal dévore le ciel (barres et tours de l’habitat social) et où l’illégal rampe et ronge la croûte terrestre. » Enfin, il rappelle que le modèle urbain, pour des raisons qui ne relèvent pas que de la démographie galopante, n’est pas nécessairement celui qui résiste en Europe dans des villes comme Florence. Lire Koolhaas n’est pas inutile, bien au contraire, l’interpréter est plus difficile car on ne sait pas toujours s’il décrit ou porte des jugements, l’ambiguïté étant subtilement entretenue à l’image des constructions contemporaines.
O. M.